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Décès de Jacqueline Rubellin-Devichi

Publié le 16 avril 2020 Mis à jour le 12 novembre 2020
Jacqueline Rubellin-Devichi
Jacqueline Rubellin-Devichi

(1934-2020)

Personnalité hors norme, juriste passionnée, portant haut ses origines corses, Jacqueline Rubellin-Devichi aura marqué des générations d’étudiants lyonnais.

Formée à Lyon et pendant quelques années avocate au Barreau de Lyon, elle resta fidèle à sa ville d’adoption où elle revint très vite après le concours agrégation. Sa thèse, préparée sous la direction du doyen Jean Vincent, était consacrée à l’arbitrage, mais bientôt, elle se spécialisa en droit des personnes et en droit patrimonial et extrapatrimonial de la famille. Pendant des années, elle tint à la Revue trimestrielle de droit civil, une chronique de droit des personnes remarquable par l’ampleur et par l’originalité de sa pensée. Elle fut une des premières à s’intéresser à ces questions nouvelles qu’étaient à l’époque le transsexualisme, l’assistance médicale à la procréation, la gestation pour autrui (question si nouvelle qu’un correcteur zélé d’une célèbre revue juridique crut bon de rectifier sur la couverture de ladite revue « gestation pour le compte d’autrui » en « gestion pour le compte d’autrui »), mais aussi les violences familiales, le SIDA, la biomédecine ou les unions hors mariage, auxquelles elle consacra plusieurs ouvrages de référence. Elle forma notaires, magistrats et avocats dans des cours où se mêlaient science et passion.

Hugues Fulchiron, professeur de droit privé à la Faculté de droit, rappelle qu’elle a refusé de rester enfermée dans des considérations dogmatiques ou moralisatrices, qu’elle eut toujours le souci des réalités humaines et sociales, ouvrant sa réflexion sur la sociologie, la démographie ou le droit comparé, mais aussi sur les pratiques : celles des professionnels du droit, des travailleurs sociaux, des services administratifs ou des simples particuliers auxquels elle ne refusa jamais une consultation (gratuite).

Sa renommée dépassa très vite les frontières. Elle fut vice-présidente de l’International Society of Family Law et tissa un extraordinaire réseau scientifique et amical dans le monde entier.
La Faculté de droit de Lyon lui doit d’avoir fondé une véritable école, celle du Centre de droit de la famille, qui s’efforce de garder l’esprit vivant, curieux, « familial » qui était le sien. Ses thésards, ses assistants et ses étudiants gardent un souvenir ému de sa générosité, de sa fidélité, de son dévouement… et de son caractère indomptable. Tous, aujourd’hui, se sentent un peu orphelins.