Le 5 octobre 2026, la Faculté de droit de l’Université Jean Moulin Lyon 3 a une nouvelle fois ouvert largement ses portes au public lyonnais à l’occasion de la Nuit du Droit. Près de 1 600 participants ont pris part à cette édition, sur le campus de la Manufacture des Tabacs et dans plusieurs juridictions lyonnaises.
Conférences, simulations, procès fictif, jeux de rôle, escape games, permanences juridiques ou encore rencontres avec des professionnels : pendant plusieurs heures, universitaires, étudiants, magistrats, notaires et grand public se sont retrouvés autour d’une même ambition : faire découvrir le droit autrement.
Les thèmes explorés témoignent de la richesse de cette édition 2026…
Et si le Rhône connaissait une crue d’une intensité exceptionnelle ?
C’est avec ce scénario de crise que la Nuit du Droit a débuté dès le début de l’après-midi. Avec «
Rhône 2040 : gérer les conséquences d’une crue exceptionnelle du Rhône », les participants ont été plongés pendant plusieurs heures au cœur d’une cellule de crise.
Alertes météorologiques, évacuations des populations, communication avec les médias, coordination des acteurs publics et des services de secours, décisions à prendre dans l’urgence : le scénario évolutif les a confrontés aux arbitrages qu’imposerait une catastrophe majeure sur le territoire lyonnais.
Animé par Thomas Meszaros, maître de conférences en science politique à l’Université Jean Moulin Lyon 3, avec les étudiants du Master 2 Ingénierie de la sécurité et gestion des crises (ISGC) de la Faculté de droit, l’exercice a permis d’interroger très concrètement les conséquences du changement climatique sur les territoires, la culture du risque et leur capacité de résilience.
Jeux de droit
La Nuit de droit est l’occasion de découvrir le droit sous une forme ludique.
La Chambre interdépartementale des notaires de la Cour d’appel de Lyon et l’Institut national des formations notariales ont ainsi transformé une succession en escape game. Les participants devaient résoudre des énigmes, mener l’enquête et découvrir, au fil du jeu, différentes facettes du métier de notaire.
Au Palais des juridictions administratives de Lyon, le Tribunal administratif de Lyon, sous la houlette du magistrat Marc Clément, a proposé aux étudiants de Masters 1 et 2 en droit public des universités de Lyon, Grenoble et Saint-Étienne un escape game intitulé «
À la recherche de l’État de droit ». 80 étudiants (16 équipes de 5) ont participé à ce jeu dans les salles d’audience du tribunal. C’est une équipe de Grenoble (Master Gouvernance territoriale - Faculté de droit de l'Université Grenoble Alpes / Sciences Po Grenoble) qui a remporté la victoire : les 5 étudiants ont gagné un stage de 15 jours au sein de la juridiction lyonnaise.
Avec «
Plaide-moi si tu peux », la Cour administrative d’appel de Lyon a invité les participants à endosser le rôle de requérant, d’avocat, de représentant de l’administration, de juge ou encore de journaliste dans une affaire inspirée de situations réelles : élection contestée, protection de l’environnement, rodéo urbain ou mesure de police administrative. Il fallait raisonner en droit, identifier les textes applicables, mobiliser la jurisprudence et répondre aux incidents susceptibles de modifier le cours de la procédure. 40 étudiants, répartis en quatre groupes et accompagnés par des magistrates et aides à la décision, ont participé à cette simulation.
Une intelligence artificielle à la barre
Parmi les propositions les plus originales de cette édition figurait également le procès fictif « Grok à la barre ».
Le dispositif a choisi la forme judiciaire pour explorer plusieurs des grands défis posés aujourd’hui par l’intelligence artificielle.
Vie privée, désinformation, manipulation de l’information, responsabilité : avec une équipe réunissant notamment des étudiants du Master Droit et Activités numériques, des doctorants, docteurs, enseignants-chercheurs et experts techniques, Ludovic Pailler et Bastien Savin ont placé l’IA au centre d’un véritable dispositif de procès.
Le rôle des juges était notamment tenu par Marylou Françoise, maîtresse de conférences en droit privé et sciences criminelles et codirectrice de la Clinique juridique Lyon 3, Marion Girer, professeure de droit privé et sciences criminelles et Mathias Murbach, maître de conférences associé en droit privé et sciences criminelles.
Les échanges ont également mobilisé l’expertise de Marie Potus, maître de conférences à l’Université Marie et Louis Pasteur, et de Suzanne Vergnolles, maître de conférences au Conservatoire national des arts et métiers.
Le choix du procès permettait surtout de rendre immédiatement perceptible une difficulté juridique majeure : lorsqu’un système d’intelligence artificielle produit des contenus susceptibles de porter atteinte à une personne, de diffuser de fausses informations ou d’influencer le débat public, qui doit en répondre ?
Quand la justice elle-même est en procès
La Nuit du Droit n’a pas seulement cherché à faire expérimenter le droit. Elle a également ouvert des espaces de discussion sur les tensions qui traversent aujourd’hui les institutions démocratiques.
Magali Lafourcade, magistrate, administratrice de l’État et secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, est venue présenter les réflexions développées dans son ouvrage La justice en procès. Les populistes à l’assaut de l’État de droit, publié en 2026.
Face aux discours accusant alternativement les juges d’être trop sévères envers les responsables politiques ou trop indulgents envers les justiciables ordinaires, son analyse interroge un phénomène plus profond : à travers la mise en cause des magistrats, n’est-ce pas finalement la légitimité même de la justice et de l’État de droit qui se trouve fragilisée ?
Le dialogue a associé Dominique Lenfantin, président du Tribunal judiciaire de Lyon. La rencontre, animée par Anne-Cécile Malabre, a également donné une place aux étudiants du Collège de droit, Léonie Chamoux, Maëli Hervé et Tom Parquet, chargés de la présenter.
Organisé avec la Villa Gillet, ce rendez-vous a ainsi replacé la question judiciaire au cœur d’un enjeu démocratique plus large : celui de la confiance accordée aux institutions chargées de faire respecter le droit.
La France face au droit international
Un autre rendez-vous a conduit la réflexion sur le terrain du droit international. La conférence «
La France et le droit international » est partie d’une contradiction possible : la France proclame son attachement aux droits humains, à leur universalité et à la justice internationale. Mais cet engagement se traduit-il toujours avec la même constance lorsqu’entrent en jeu ses propres intérêts et ses rapports avec les juridictions internationales ?
Pour en discuter, la Faculté a accueilli Marie Heuzé, ancienne directrice de l’information et porte-parole de l’ONU à Genève et autrice de La paix, la force, le droit, ainsi que Pierre-François Laval, professeur de droit public à l’Université Jean Moulin Lyon 3. La conférence était animée par Mathilde Philip-Gay, professeure de droit public à Lyon 3, Fabien Salesse, professeur agrégé d’histoire-géographie et secrétaire général de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie, avec des étudiants de première année de droit de la série D.
À la Cour d’appel de Lyon, la conférence «
Victimes sans visage, mission sans frontière : le défi d’Interpol » a abordé les enquêtes criminelles internationales menées pour identifier des femmes dont les corps ont parfois été retrouvés plusieurs décennies auparavant dans différents pays européens.
Le droit comme service rendu au public
À la Nuit du Droit, le droit se découvre également dans ce qu’il peut apporter très directement à chacun. Dans la cour Nord de la Manufacture des Tabacs, la Clinique juridique de l’Université Jean Moulin Lyon 3 et de l’EDARA a proposé des permanences gratuites d’information et d’orientation juridique, ouvertes à tous et sans inscription.
Des évènements destinés aux établissements scolaires malheureusement annulés
Pour la quatrième année consécutive, près de 450 lycéens de la région, accompagnés de leurs enseignants, étaient été invités à participer à une simulation parlementaire sur une proposition de loi fictive. Cet évènement, organisé avec l’académie de Lyon et l’association Parlons démocratie a été annulé en raison du mouvement lycéen, plusieurs établissements participant à l’évènement étant alors fermés.
L’atelier pédagogique, «
La justice en procès : défendre l’État de droit », prévu l’après-midi pour les enseignants du 1
er et du 2
nd degrés, avec Magali Lafourcade, magistrate, secrétaire générale de la CNCDH; Camille Amilhat, universitaire, spécialiste des sciences de l'éducation et Aurélie Prolongeau, inspectrice générale de l’éducation, du sport et de la recherche, a été également été annulé.
A aussi été annulé la signature de la convention de partenariat entre le Tribunal judiciaire et le Rectorat et l’inauguration d’une salle dédiée à l’accueil des groupes scolaires au sein du Tribunal judiciaire.
Toute une communauté juridique mobilisée
L’ampleur de la Nuit du Droit organisée à Lyon 3 repose aussi sur une mobilisation particulièrement large.
Cour administrative d’appel de Lyon, Tribunal administratif de Lyon, Cour d’appel, Tribunal judiciaire, police scientifique, INTERPOL, Académie de Lyon, Barreau de Lyon, Chambre interdépartementale des notaires, Institut national des formations notariales, École des avocats Rhône-Alpes, Villa Gillet ou encore Parlons Démocratie ont contribué à la programmation aux côtés de la Faculté, de son Collège de droit et de sa Clinique juridique.
Enfin, un grand merci aux étudiants bénévoles qui ont joué un rôle essentiel dans l’organisation et l’accueil du public.