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Conférence du Collège de droit
Présentation de la conférence
Désobéir à la loi pour sortir de la crise climatique ?
Conférence par le Professeur Roberto Louvin de l’Università di Triest, Lundi 12 janvier 2026
C’est avec un immense honneur que nous avons reçu, ce lundi 12 janvier, dans le cadre du Collège de droit et en partenariat avec l’Institut de droit de l’Environnement de l’Université Jean Moulin Lyon 3, le Professeur Roberto Louvin, venu dispenser une conférence intitulée « Désobéir à la loi pour sortir de la crise climatique ». Derrière ce titre qui peut sembler surprenant voire paradoxal pour nous juristes, se cache une analyse, une réalité toute autre : la désobéissance civile pourrait être un rempart contre l’évolution défavorable de la crise climatique, le « plus grand défi du 21e siècle ».
LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE
Avant toute chose, notre invité définit ce terme de désobéissance civile. Dans sa définition classique, la désobéissance regroupe les actes contraires à l’ordre établi. Il s’agit de refuser l’adhésion à la loi au nom de valeurs et d’un droit supérieur. Dans le contexte de la crise climatique, cela revient à désobéir à la loi pour sauver le climat. Il est important de ne pas voir la désobéissance comme une simple contestation sans fond. Il faut désobéir, oui, mais pour une cause qui est au-dessus de la loi elle-même, en adoptant une conduite volontaire, non-violente et en énonçant clairement les raisons du refus d’obéir à la loi.
LES JUSTIFICATIONS DE LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE POUR LE CLIMAT
Monsieur le Professeur Roberto Louvin établit un constat simple. Face à la crise climatique, les pouvoirs publics choisissent la résilience c’est-à-dire la réaction douce et l’adaptation, et sanctionnent plus gravement la désobéissance accompagnée d’un motif. Quatre raisons semblent émerger pour justifier la désobéissance civile au nom de la crise climatique. Le premier outil est la liberté d’expression. Chacun est libre d’exprimer son avis sous réserve d’adopter une proportionnalité nécessaire. La seconde est l’appel au principe et au devoir de surveillance environnementale. La France a notamment intégré ce principe dans la Charte de l’environnement de 2005. En effet, la question environnementale est une question de justice climatique et sociale ! La troisième est l’état de nécessité. Divers établissements, villes et Etats ont déclaré l’état d’urgence climatique. Ne s’agit-il donc pas d’un état de nécessité ? Pouvons-nous, en conscience, rester inactifs face à cette crise ? Enfin, la quatrième et dernière raison pour justifier la désobéissance pour le climat est la défense du droit à la vie et le caractère actuel d’une menace existentielle. Le consensus scientifique est clair : le danger lié à la détérioration du climat est bien réel et ses conséquences le sont tout autant. Cela ne serait-il pas suffisant pour justifier la désobéissance civile ?
UN ÉQUILIBRE À TROUVER AVEC LES AUTRES DROITS
En plus de tout cela, il ne faut pas oublier que ce droit de désobéir pour le climat doit se coordonner avec d’autres droits. Par exemple, serions-nous prêts à limiter partiellement et temporairement le droit de propriété au profit d’une action pour le climat ?(cf le #sirogersavait avec le match de tennis organisé au sein des locaux du Crédit Suisse à Lausanne par des activistes pour dénoncer la participation de la banque au financement de l’industrie pétrolière).
LA CRISE CLIMATIQUE : UN SUJET À LONG-TERME
En miroir de ce portrait juridique de la désobéissance pour le climat se révèle un tableau des écueils humains qui se dressent contre sa protection. En tant qu’être humain, nous privilégions et raisonnons à court-terme. Nous agissons en priorité sur ce qui est urgent immédiatement et délaissons le résultat futur qui est parfois tout aussi important. Cela conduit malheureusement à l’effacement de sujets comme la crise climatique au profit de problématiques qui nous touchent immédiatement. Alors je pense qu’il est nécessaire de s’en rendre compte pour agir aussi sur le long-terme. Plusieurs solutions semblent apparaitre dans le discours de Monsieur le Professeur Roberto Louvin. En effet, les Etats doivent s’attaquer aux causes profondes de la mobilisation environnementale, agir immédiatement pour contrer les discours anti-climat et ne pas utiliser la désobéissance pour effectuer une répression plus large. Cette méthode doit être intégrée dans le processus de construction d’une démocratie environnementale et climatique, une nouvelle « éco-démocratie »
De grandes avancées ont déjà été accompagnées par un conflit, une résistance, une forme de désobéissance civile (cf l’acquisition du droit de vote pour les femmes à la suite des soulèvements des Suffragettes au Royaume-Uni). Peut-être est-ce le tour du climat…
Léa CHAUMONT
Étudiante en L2 du Collège de droit
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Public
Intervenant :
- Roberto Louvin, Professeur de droit public, droit de l'environnement et droit comparé à l'Université de Trieste
