Ecrivains publics

Une initiative conjointe de la Faculté de droit et du Tribunal judiciaire de Lyon
La Faculté de droit de l’Université Jean Moulin Lyon 3 et le Tribunal judiciaire de Lyon ont signé une convention de partenariat visant à développer un dispositif innovant au service de l’accès à la justice : les écrivains publics.

Ce programme permet à des étudiants bénévoles inscrits en licence de droit d’intervenir au sein du Service d’accueil unique du justiciable (SAUJ) afin d’accompagner les usagers dans leurs démarches. Encadrés et formés, ils contribuent à rendre la justice plus accessible tout en acquérant une expérience valorisante pour leur parcours universitaire.
  

Le rôle des écrivains publics

Les étudiants assurent un soutien rédactionnel et administratif auprès des justiciables. Concrètement, ils peuvent :
  
  • aider à rédiger et formaliser des documents juridiques (dossiers d’aide juridictionnelle, requêtes, dépôts de plainte, etc.) ;
  • accompagner les usagers dans leurs démarches en ligne, grâce aux outils numériques mis à disposition ;
  • contribuer à lutter contre l’illectronisme qui touche une partie de la population.
Il ne s’agit pas d’une activité de conseil juridique, mais d’une mission d’assistance et de facilitation qui joue un rôle clé dans l’accueil des justiciables.
 

Un engagement réciproque

Les étudiants retenus bénéficient d’une bonification dans le cadre de leurs études. En retour, ils s’engagent à consacrer 20 heures par semestre à cette mission et à respecter une charte fixant des règles de ponctualité, de confidentialité et d’éthique professionnelle.

Le Tribunal judiciaire assure l’encadrement et le suivi des volontaires, en lien avec les enseignants de la Faculté de droit.

Un dispositif bénéfique pour tous

Pour les étudiants, il s’agit d’une immersion dans le monde judiciaire, leur permettant de développer des compétences pratiques et un sens aigu du service public.
Pour les usagers, ce dispositif facilite leurs démarches, améliore l’accueil et contribue à un meilleur accès à la justice, notamment pour les personnes éloignées du numérique.
Ce partenariat illustre la volonté de la Faculté de droit de proposer des expériences formatrices à ses étudiants tout en étant au service des citoyens.
Affiche écrivains public

Où se déroulent les permanences ?

Les permanences d’écrivains publics sont organisées dans plusieurs lieux de justice de l’agglomération lyonnaise :
  
  • Nouveau Palais de justice (Lyon),
  • Tribunal de proximité de Villeurbanne,
  • Conseil des prud’hommes de Lyon,
  • Maison de justice et du droit de Givors.
Le Nouveau Palais de justice, qui accueille près de 3 000 usagers par jour, constitue le principal site d’intervention.
  
Témoignage de François Guiraud, étudiant partenaire du dispositif en 2026

Après une première année de découverte en 2024-2025 qui m'avait déjà énormément apporté, j'ai choisi de poursuivre cet engagement cette année en tant qu’écrivain public référent. Ce rôle a donné une toute nouvelle dimension à mon action. J’ai eu la chance de coordonner les plannings et d’accompagner les nouveaux bénévoles dans leurs premiers pas.

Cette année a aussi été marquée par l'investissement de nos nouveaux locaux au sein du tribunal. Évoluer dans ce cadre moderne et spécifiquement pensé pour l’accueil est un vrai bonheur. Ces espaces nous offrent des conditions de travail optimales, mais ils permettent surtout d’offrir aux justiciables un accompagnement digne, serein et totalement confidentiel.

Au-delà des démarches administratives, c’est la rencontre humaine qui fait le cœur de cette mission. Chaque permanence est unique. Prêter sa plume et son écoute à des personnes qui se sentent totalement démunies face à la complexité du langage judiciaire est un acte de service fort. Il n'y a rien de plus gratifiant que de voir le soulagement immédiat sur le visage d'une personne que l'on a simplement aidée à s'exprimer et à poser des mots sur ses difficultés.
Cet enrichissement est un véritable échange à double sens. À chaque permanence, on progresse sur le plan humain, on développe son empathie, sa patience, et en parallèle, on acquiert une compréhension fine et pratique du fonctionnement de notre justice. C'est le complément parfait et indispensable aux cours théoriques que nous suivons à la faculté.

Sur le terrain, nous sommes merveilleusement entourés. L’équipe du SAUJ (Service d’Accueil Unique du Justiciable) fait un travail quotidien admirable, et l'encadrement des responsables du tribunal est d'une bienveillance absolue. Ils nous accordent une confiance totale qui responsabilise et qui fait grandir.

Pour ma part, me rendre au tribunal pour prêter main-forte est devenu un immense plaisir et une fierté.

Mettre nos compétences d'étudiants au service de l'accès à la justice pour tous est une opportunité unique. N'hésitez plus, rejoignez-nous et lancez-vous dans cette magnifique aventure !

 

Texte issu d'un courrier envoyé par François GUIRAUD,
Écrivain Public Référent et étudiant en L2 Droit à l’Université Jean Moulin Lyon 3

Témoignage de Manel Maarif, étudiante partenaire du dispositif en 2025

Je croyais devoir prêter ma plume. Mais il m’a fallu prêter l’oreille, le cœur, et parfois même un peu de moi-même pour traduire des histoires que les mots ne suffisent pas toujours à dire. S’il m’a fallu du temps pour appréhender les contours d’un rôle aussi singulier, c’est qu’il ne se laisse pas saisir par un formulaire. Pourtant, très vite, ces conditions nouvelles sont devenues familières. J’ai trouvé mes repères entre une permanence partagée avec un binôme solidaire, un bureau ouvert qui favorisait l’entraide mutuelle, et cette machine de numérisation récemment installée, simple d’usage, mais si précieuse pour fluidifier nos démarches.

Au début, il était difficile de respecter l’heure de fin, 17h arrivant souvent trop tôt. Apprendre à refuser – avec tact — une demande en fin de journée, a été un apprentissage difficile mais nécessaire. J’ai compris que rendre service, c’est aussi savoir poser des limites sans perdre l’humanité du geste.

Le public rencontré m’a bouleversée. Beaucoup venaient avec le sentiment que nous étions leur dernier recours. Certains apportaient des dossiers ; d’autres portaient surtout le poids d’un récit et d’une détresse. Il m’a fallu écouter sans vaciller, accueillir sans absorber. Une dame m’a particulièrement marquée : mariée depuis quarante ans, récemment divorcée d’un homme qui avait confisqué ses droits – allant jusqu’à lui interdire l’accès à la boîte aux lettres, usurper son identité, signer à sa place. Elle découvrait le monde administratif comme on débarque sur une terre étrangère. Mon rôle, ici, n’était pas seulement procédural : c’était de lui restituer un peu de contrôle, de dignité. Il y avait aussi ces mères accompagnées de leurs enfants, ou encore ces figures récurrentes qui venaient souvent déposer plainte pour des faits chaque fois nouveaux, souvent confus. D’autres encore me demandaient simplement : « Vous serez là la semaine prochaine ? », comme une reconnaissance muette de l’aide apportée, ce qui valait pour moi bien plus qu’une validation.

Dans les moments creux, je me plongeais dans les classeurs, j’échangeais avec mes camarades, curieuse d’en savoir plus, avide de comprendre mieux. Ce que nous apprenons sur les bancs de la faculté, j’ai pu l’incarner ici. J’avais peur, au début, de ne pas être à la hauteur. De ne pas tout retenir. De ne pas savoir répondre. Et puis j’ai vu que face à une langue perçue comme étrangère par beaucoup, je pouvais être une passeuse, une simplificatrice sans jamais être simpliste. Cette mission m’a appris à expliquer sans infantiliser, à entendre ce qui ne se dit pas. J’ai aussi compris que je n’étais pas là pour tout régler, mais surtout pour éclairer un chemin.

Ce que je retiens, dans l’univers juridique, c’est qu’on ne manie pas que des mots : au-delà des textes, on manipule un peu de dignité, beaucoup d’humanité. Ce que j’ai appris en salle de cours a soudainement pris chair. Pour beaucoup, parfois même pour des enfants, le droit n’était pas seulement un concept, mais un quotidien, souvent rude, parfois injuste, mais que je pouvais contribuer à adoucir. Cette mission a ancré en moi une certitude : celle de continuer à évoluer dans un environnement où je peux aider, traduire, rendre concret ce qui me paraissait si abstrait quand j’ai commencé mes études de droit. Aujourd’hui, je repars grandie. Mettre les pieds dans ce monde, c’était comme entrer dans un lieu que je regardais de loin. Aujourd’hui, j’y avance avec confiance, et avec gratitude.

Il me semble que le dernier mot doit être « merci » — pour avoir vu, dans une simple lettre et un bref échange, assez pour me confier cette mission. C’est ce regard porté sur moi qui m’a permis de faire tout ce chemin.


 

Texte issu d'un courrier envoyé par Manel Maarif, étudiante partenaire du dispositif,
à Guillaume Noll, directeur des services de greffe judiciaires au Tribunal Judiciaire de Lyon